Portrait d’apprentie : Fanny, violoncelliste et enseignante en devenir

À 5 ans, Fanny découvre le violoncelle au CRD de Blois-Agglopolys. Quinze ans plus tard, elle y enseigne. Entre ces deux moments, un parcours qui illustre parfaitement sa conviction : « Je ne suis pas quelqu’un qui aime les longues études. Je voulais très vite m’investir dans un métier. » Après quinze années d’apprentissage au conservatoire de Blois, Fanny poursuit son cursus deux ans au conservatoire de Rueil-Malmaison, où elle obtient son DEM de formation musicale. Mais déjà, elle cumule une double activité : élève et professeure, le conservatoire de Blois lui ayant proposé d’assurer des cours de formation musicale. « J’avais cette double casquette élève et prof, et ça me plaisait énormément », confie-t-elle. Quand vient le moment de choisir une formation supérieure, Fanny recherche activement un pôle d’enseignement supérieur qui lui permette de concilier études et professionnalisation. « Je voulais une formation qui ne me prenne pas les cinq jours de la semaine ; j’aime enseigner. » C’est le directeur du conservatoire de Blois qui l’oriente vers le pôle Aliénor à Poitiers et lui parle du dispositif d’apprentissage qui s’ouvre justement pour la rentrée 2025. L’opportunité est parfaite.

« J’adore avoir deux vies »

Ce qui passionne Fanny, c’est d’être « sur le terrain, dans une classe avec des élèves ». Elle observe avec lucidité : « Il y a plein d’étudiants qui se lancent dans une formation de diplôme d’État de professeur de musique et qui rencontrent leurs premiers élèves une fois le DE en poche, et qui se rendent compte que ça ne leur plaît pas tant que ça. » Pour elle, l’apprentissage permet de vérifier immédiatement si l’enseignement correspond à ses aspirations.

L’accompagnement de son maître d’apprentissage, Philippe Bataille, se met progressivement en place. Elle va observer ses cours pendant quelques semaines, puis enseignera à une de ses classes en préparant son travail en amont avec lui. « C’est vrai qu’on apprend beaucoup sur le tas. On apprend de ses erreurs », reconnaît-elle. Mais c’est justement cette confrontation à la réalité qui forge sa pédagogie : « On a beau nous dire il faut faire comme ça, en fait on s’adapte. C’est la formation sur le terrain. »

Sa vie étudiante s’en trouve modifiée : »Je ne vois mes collègues de promo qu’en cours. » En revanche, elle noue des liens forts avec ses collègues enseignants au conservatoire de Blois, même si « ce n’est pas pareil que si je partageais mes soirées avec des étudiants. »

Pour Fanny, l’apprentissage n’est pas un choix par défaut, c’est une évidence : « C’est un équilibre d’avoir mon statut d’étudiante et mon statut de salariée. Je pense que si j’avais que l’un ou que l’autre, il me manquerait peut-être quelque chose. » Son emploi du temps est clair : lundis et mardis au pôle Aliénor à Poitiers, mercredi, cours avec des enseignants du pôle délocalisés à Blois pour limiter les déplacements, jeudis et vendredis au conservatoire à Blois où elle anime 13 heures de cours collectifs de formation musicale avec des élèves de 8 à 15 ans.

« J’adore préparer mes cours, donc je ne le vois pas comme une contrainte », explique-t-elle, même si elle reconnaît qu’il faut être organisée : « Il me faut une journée entière, souvent le dimanche, où je prépare tout. » Les allers-retours entre Poitiers et Blois représentent aussi un défi, tant financièrement qu’en termes de fatigue. Mais Fanny assume ce rythme : « J’ai l’impression d’avoir deux vies, et puis les semaines passent très très vite, et j’adore ça. »

Apprendre sur le terrain

Une vraie formation professionnelle

Pour Fanny, l’apprentissage « ajoute de la valeur à ma formation. J’ai été encadrée par des collègues expérimentés. » Et surtout, un atout majeur qu’elle n’avait pas immédiatement perçu : « C’est un énorme plus de sortir d’un DE en ayant déjà deux ans d’expérience. »

Comme le souligne Philippe Bataille, son maître d’apprentissage : « Pour devenir enseignant en musique, c’est indispensable que les étudiants se mettent les mains dans le cambouis dès leur période d’étude. Ils appréhendent ainsi la réalité d’un métier, ils construisent par eux-mêmes leur approche pédagogique en expérimentant sur le terrain avec des élèves. »

Pour Fanny, le message est simple : l’apprentissage permet de découvrir tout de suite si l’enseignement vous correspond, sans avoir « étudié pour rien ». Et cette double vie lui convient parfaitement.

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Octave Blanchard