Portrait d’apprenti : Octave, saxophoniste et entrepreneur de projets culturels
Après une année Erasmus en Allemagne très « universitaire, centrée sur le travail de l’instrument », Octave Blanchard, 25 ans, saxophoniste en dernière année de DNSPM au pôle Aliénor, aspirait à retrouver « du concret ». C’est chose faite depuis septembre : il est apprenti au sein de l’ensemble Ars Nova, ensemble de musique contemporaine à Poitiers.
Le parcours d’Octave illustre une quête d’équilibre entre excellence instrumentale et ouverture au monde professionnel. Diplômé du conservatoire de Tours, il intègre le pôle Aliénor en 2023. Son année en Allemagne lui laisse un goût d’inachevé : « J’avais énormément de temps libre pour travailler mon instrument. C’était très bien, mais je tournais un peu en rond. J’avais envie de m’ouvrir à autre chose. »
Une proposition qui tombe à point
C’est Anne-Sophie Martinez, sa responsable pédagogique au pôle Aliénor, qui lui propose l’apprentissage avec l’ensemble Ars Nova alors qu’il est encore en Allemagne. L’hésitation est brève. Plusieurs motivations se dessinent : « Dans tous les cas, je voulais faire un stage avec Ars Nova. » Octave souhaite en outre acquérir « des compétences qu’on développe beaucoup plus par soi-même après les études de musique : la création et la gestion de projet, la médiation, la recherche de financements, …
Mais une crainte le taraude : son examen de fin d’année. « Je savais qu’en acceptant cet apprentissage, je ne pourrais pas être à 100% sur la préparation de cette épreuve diplômante. » Sa solution ? Anticiper massivement.
Autre inquiétude initiale : « Qu’est-ce qu’ils vont me faire faire ? Je ne veux pas servir de couteau suisse » Mais dès les premiers échanges avec Benoît Sitzia, directeur général et artistique de l’ensemble Ars Nova, les doutes s’évaporent et la feuille de route d’Octave se construit à partir des attentes réciproques.
Un rythme bien négocié
La maquette pédagogique d’Octave a été spécialement adaptée : 30% au pôle (cours de saxophone, musique de chambre, kinésithérapie du musicien, …) et 70% chez Ars Nova, sur une base de 9h30-17h30 qui peut évoluer en fonction des besoins. Octave apprécie de bénéficier d’un cadre assez souple : « Ils sont assez flexibles à partir du moment où je les tiens informés. Il y a une relation de confiance. » Son intégration s’est faite naturellement. Installé dans un bureau partagé avec Benoît Sitzia et Stéfanie Molter, coordinatrice de projet et de la communication ; il peut « voir et observer leur travail ». Son bureau jouxte celui d’Agnès Cosnier, assistante de direction, de Charlotte Le Sourd, administratrice et de Béryl Begon, administratrice de production. Un environnement stimulant d’observation et d’apprentissage permanent.
« On me laisse avancer et on ne m’enferme pas »
Sa mission principale ? Être en charge d’un projet « de A à Z », en lien avec une création d’Ars Nova. « De la création artistique aux choix des œuvres, de la budgétisation au choix des salles. » Ce qui lui plaît particulièrement : « Benoît me laisse avec très peu d’informations et me laisse en faire quelque chose. Ensuite, il va m’aiguiller. Il ne m’enferme pas dans un cadre et, à la fois, il m’aide à avancer. » L’apprentissage se fait « petit à petit, au fil des briques que j’assemble pour mon projet ».
Pour Benoît Sitzia, recruter un apprenti répond à un triple objectif : accompagner de jeunes artistes en voie de professionnalisation, transmettre des pratiques tout en « se nourrissant des nouveaux usages et nouvelles visions », et bénéficier d’un « regard neuf sur nos pratiques ». Mais il reste lucide sur les défis : « L’apprentissage reste un terrain d’expérimentation dans notre milieu artistique. Il faut le bon profil d’apprenti, le bon timing », et cela représente une « charge importante au niveau financier » pour une structure culturelle.
Octave Blanchard (gauche) et Benoît Sitzia (droite) au festival Royan-Orgues©️Stéfanie Molter
Élargir son horizon professionnel
La dimension réseau est également précieuse pour Octave. Présent lors de répétitions, participant au festival Royan-Orgues, Octave rencontre musiciens, chefs d’orchestre, acteurs culturels. « C’est une ligne de contact, c’est aussi partager des expériences, découvrir de nouveaux univers artistiques. Ça élargit un répertoire de contacts et musical aussi. Ça me servira par la suite. »
Pour Octave, l’apprentissage lui « permet d’obtenir des clés que je comptais obtenir plus tard ». Son objectif ? Aller vers « l’action culturelle, la direction, la création de projets artistique ». Pas seulement être « enseignant et instrumentiste ». Le pôle propose des cours sur ces sujets, « ce qui est très bien », mais « ce que je comptais vraiment beaucoup plus approfondir en sortant du DNSPM », l’apprentissage le lui permet immédiatement.
Son conseil à d’autres étudiants ? « Si un musicien en formation a envie d’acquérir concrètement des compétences autres que celles de son cursus d’études, ou s’il veut s’investir dans un domaine de professionnalisation, l’apprentissage n’a que du bon. » Mais il met en garde : « Pour celui qui veut se consacrer qu’à son instrument, ce n’est pas forcément la bonne option. » L’apprentissage, c’est pour « celui qui veut acquérir des compétences transversales ».